Parfois, au cours d’une procédure, la relation entre un client et son avocat ne répond plus pleinement aux attentes. Manque de communication, désaccord stratégique, difficultés relationnelles ou simple besoin d’un accompagnement différent : quelle que soit la raison, vous êtes libre de changer d’avocat à tout moment.
Le droit de changer d’avocat en cours de procédure est un droit fondamental, garanti par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme. Il s’applique à tout moment, sans justification obligatoire, que votre dossier soit en phase d’enquête, d’instruction ou d’audience.
Un exemple concret : vous avez été placé en garde à vue avec un avocat commis d’office, mais votre affaire implique des infractions numériques complexes. Vous souhaitez confier votre défense à un spécialiste en cybercriminalité. Vous en avez parfaitement le droit — à condition de respecter les formalités qui garantissent la continuité de votre défense.
Dans cet article, on va voir :
- Peut-on changer d’avocat à tout moment, y compris en droit pénal ?
- Faut-il justifier sa décision pour changer d’avocat ?
- Comment informer votre ancien avocat et récupérer votre dossier
- Faut-il régler les honoraires de l’ancien avocat ?
- Un avocat peut-il refuser de continuer à vous défendre ?
- Ce qu’il faut pas faire si vous voulez changer votre avocat
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1. Peut-on changer d’avocat en droit pénal à tout moment ?
Oui, le principe du libre choix de l’avocat est inscrit dans les règles déontologiques de la profession. Ainsi, que votre dossier soit en phase de préparation, en cours d’instruction ou déjà devant un juge, vous pouvez mettre fin à la mission de votre avocat, sans avoir à attendre la fin de la procédure.
Vous pouvez également changer d’avocat en plein cours de procédure.
Il est souvent plus simple de le faire avant une audience ou une étape importante, mais cela reste possible à n’importe quel moment.
Ce droit s’applique à toutes les procédures : civile, pénale, prud’homale et administrative. En matière pénale en particulier, il vaut à tous les stades :
- Pendant l’enquête et la garde à vue
- Pendant l’instruction judiciaire, même si un juge d’instruction est saisi
- Avant ou pendant une audience de comparution immédiate
- Après un jugement de première instance, en vue de l’appel
- En cours d’exécution de peine
À noter :
- Si une audience est proche, il peut être nécessaire de demander un renvoi au tribunal afin de permettre au nouvel avocat de préparer votre défense.
- Dans certains cas, l’accord du juge peut être requis, notamment lorsque l’audience est imminente.
2. Faut-il justifier votre décision du changement d’avocat ?
Vous avez le droit de changer d’avocat à tout moment et votre décision n’a pas besoin d’être justifiée. Votre avocat peut vous poser des questions, mais vous n’êtes pas obligé de fournir des explications.
Les motifs pour changer d’avocat sont nombreux et tous légitimes :
- Manque de communication ou de disponibilité
- Désaccord sur la stratégie de défense
- Besoin d’une expertise technique spécifique (cybercriminalité, droit pénal des affaires, etc.)
- Perte de confiance dans la relation avocat-client
- Honoraires trop élevés ou contestés
Si vous souhaitez néanmoins conserver une démarche transparente et apaisée avec votre ancien conseil, vous pouvez brièvement indiquer que vous préférez confier votre dossier à un autre professionnel, sans que ce soit une obligation légale.
Quelle que soit la raison, si votre décision est motivée par un désaccord avec votre avocat actuel, il est conseillé de tenter une résolution amiable avant d’engager les démarches de dessaisissement. Un échange suffit souvent à clarifier la situation.
Dans tous les cas, assurez-vous d’avoir trouvé votre nouvel avocat avant d’informer l’ancien. C’est la condition d’une transition fluide, sans vide de représentation. Si votre dossier implique des infractions pénales — garde à vue, cybercriminalité, comparution immédiate —, le cabinet Belhaouci reprend les dossiers en cours et assure la continuité de votre défense sans délai.
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3. Comment informer votre ancien avocat et récupérer votre dossier ?
Si le changement peut intervenir sans justification et à tout moment, vous devez respecter les étapes suivantes :
Étape 1 — Trouver d’abord un nouvel avocat
Avant toute chose, assurez-vous d’avoir trouvé un nouvel avocat qui accepte de reprendre votre dossier. En matière pénale, vérifiez qu’il dispose d’une réelle expertise dans le domaine concerné par votre affaire.
Étape 2 – Informer votre ancien avocat
Adressez-lui une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) indiquant que vous souhaitez mettre fin à sa mission.
Vous pouvez y ajouter :
- une demande de restitution complète de votre dossier,
- les coordonnées de votre nouvel avocat (le cas échéant).
Étape 3 – Récupérer votre dossier
Une fois la lettre envoyée, votre avocat est tenu par la loi de vous remettre (à vous ou au nouvel avocat désigné) toutes les pièces de votre dossier, sans condition de paiement préalable.
Il ne peut pas retenir vos documents en échange du règlement de ses honoraires.
Si vous nous mandatez pour reprendre votre dossier, nous pouvons directement nous charger de la demande auprès de votre ancien conseil.
Étape 4 – Informer la juridiction
Cette étape revient entièrement à votre nouvel avocat. Il se constitue auprès de la juridiction concernée afin d’être informé de toutes les dates d’audience et des étapes importantes de la procédure, en lieu et place de l’ancien conseil.
4. Faut-il régler les honoraires de l’ancien avocat ?
Oui, vous devez régler le solde des honoraires de l’ancien conseil.
Mettre fin à la mission de votre avocat ne supprime pas les honoraires dus pour le travail déjà accompli. Une fois votre lettre de dessaisissement reçue, votre ancien conseil vous adressera une facture correspondant aux diligences effectivement réalisées jusqu’à la date de rupture — et ce, même si un forfait global avait été convenu à l’origine.
Votre nouvel avocat ne peut ni commencer à vous facturer ni entreprendre la moindre diligence tant qu’il n’a pas vérifié que les honoraires dus au précédent conseil ont bien été réglés (sauf en cas de contestation des honoraires devant le bâtonnier).
En cas de litige sur les honoraires
Si vous contestez le montant réclamé, vous devez saisir le bâtonnier de l’Ordre des avocats dont dépend votre ancien conseil. Ce recours est possible dans un délai de 5 ans. La décision du bâtonnier est susceptible d’appel devant le premier président de la cour d’appel.
À noter : votre nouvel avocat ne peut pas vous représenter dans ce litige d’honoraires contre son confrère — vous devrez soit l’engager seul, soit désigner un autre avocat spécifiquement pour cette procédure.
5. Un avocat peut-il refuser de continuer à vous défendre ?
Si vous avez le droit de changer d’avocat, l’inverse est aussi possible. Votre avocat, sous certaines conditions, dispose aussi de la faculté de se retirer de votre dossier. On parle alors de dessaisissement.
Dans quels cas votre avocat peut-il se décharger d’un dossier ?
L’article 19 du Règlement Intérieur National (RIN) encadre cette faculté. Concrètement, un dessaisissement peut intervenir dans les situations suivantes :
- Découverte en cours de procédure d’un conflit d’intérêts avec une autre partie
- Rupture du lien de confiance rendant toute collaboration impossible
- Non-règlement des honoraires malgré plusieurs relances
- Désaccord irréconciliable sur les orientations de la défense
- Circonstances rendant impossible l’exercice de la mission dans le respect des règles déontologiques
Ce que votre avocat ne peut pas faire
Le dessaisissement ne donne pas carte blanche à votre avocat. Plusieurs garde-fous s’imposent à lui :
D’abord, il ne peut pas disparaître sans préavis. Il doit vous notifier sa décision par écrit, dans un délai suffisant pour vous permettre de trouver un remplaçant. Se retirer à quelques jours d’une audience importante — comparution immédiate, instruction, appel — sans vous en avertir à temps constitue une faute professionnelle.
Ensuite, il reste tenu de vous remettre votre dossier. Même si des honoraires sont en litige, l’avocat dessaisi n’a aucun droit de rétention sur vos pièces. Il doit immédiatement les transmettre, à vous ou à votre nouvel avocat. C’est une obligation déontologique absolue, réaffirmée par la jurisprudence du Barreau de Paris.
Enfin, dans les procédures à représentation obligatoire, l’article 419 du Code de procédure civile va plus loin : votre avocat ne peut pas simplement se décharger de son mandat. Il reste officiellement constitué jusqu’à ce qu’un nouveau conseil le remplace effectivement — ou qu’un avocat soit désigné par le bâtonnier. Ainsi, il ne peut donc pas vous laisser sans représentation, même s’il souhaite mettre fin à la mission.
Vos recours si le dessaisissement vous a causé un préjudice
Si votre avocat s’est retiré de manière précipitée ou sans respecter ses obligations — et que cela a compromis votre défense — deux voies s’offrent à vous.
- Une plainte disciplinaire auprès du bâtonnier. Il peut diligenter une enquête et, si un manquement déontologique est caractérisé, saisir le Conseil de discipline. Les sanctions peuvent aller du simple avertissement jusqu’à la radiation du barreau. En revanche, cette procédure ne vous permet pas d’obtenir une indemnisation financière.
- Une action en responsabilité civile professionnelle. Chaque avocat est assuré en RC Pro. Si vous êtes en mesure de démontrer la faute, le préjudice subi et le lien de causalité entre les deux — par exemple, une forclusion du délai d’appel ou une absence à une audience décisive — vous pouvez obtenir une indemnisation calculée sur la base d’une perte de chance.
6. Ce qu’il ne faut pas faire si vous voulez changer votre avocat
1. Ne pas changer à la veille d’une audience sans préparation
Un changement d’avocat mal anticipé peut fragiliser votre défense. Si une audience importante est imminente, attendez son issue ou assurez-vous que votre nouvel avocat disposera du temps nécessaire pour préparer efficacement votre dossier.
2. Vérifier la spécialisation du nouvel avocat
En matière pénale, tous les avocats ne disposent pas de la même expertise. Pour un dossier impliquant des infractions numériques, du droit pénal des affaires ou une procédure d’instruction complexe, privilégiez un avocat spécialisé avec une pratique régulière de ce type de contentieux.
3. Ne pas négliger les formalités si vous êtes en détention
Comme indiqué plus haut, les formalités de l’article 115 CPP sont strictement interprétées par la Cour de cassation. Un changement irrégulier peut vous priver de droits procéduraux essentiels. Faites-vous accompagner.
4. Garder une trace écrite de toutes les démarches
Conservez une copie de la LRAR envoyée à votre ancien avocat, des accusés de réception, et de toutes les correspondances échangées. Ces documents pourront être utiles en cas de litige ultérieur.
Conclusion : Vous êtes libre de choisir l’avocat qui vous représente
Changer d’avocat est une démarche légitime lorsqu’une relation professionnelle ne fonctionne plus.
Le cabinet se tient à votre disposition pour :
- reprendre votre dossier dans les meilleurs délais
- assurer une transition fluide auprès de la juridiction et du confrère
- protéger strictement vos intérêts tout au long de la procédure.
Maître Djamel Belhaouci, avocat pénaliste au barreau de Marseille, intervient dans toute la France sur l’ensemble des étapes de la procédure pénale : garde à vue, audition libre, instruction, comparution immédiate, audience correctionnelle et appel.
Disponible 24h/24 pour les urgences pénales, Maître Belhaouci assure une prise en charge rapide, confidentielle et sans délai — même lorsqu’une audience est imminente.
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FAQ : Vos questions sur le changement d’avocat
Mon nouvel avocat peut-il récupérer mon dossier à ma place ?
Oui. C’est même la démarche la plus simple. Votre nouvel avocat contacte directement son confrère pour lui notifier son intervention et demander la transmission du dossier. Vous n’avez pas à vous impliquer dans cet échange.
Mon ancien avocat peut-il refuser de remettre mon dossier ?
Non. Il est déontologiquement tenu de vous remettre l’intégralité de vos pièces. Il ne peut pas conditionner cette restitution au paiement préalable de ses honoraires. En cas de refus, vous pouvez saisir le bâtonnier.
Peut-on changer d’avocat commis d’office ?
Oui. Si votre avocat commis d’office ne vous convient pas, vous pouvez désigner un avocat de votre choix. Votre nouvel avocat informe le bâtonnier du changement. Si vous remplissez les conditions de l’aide juridictionnelle, la prise en charge peut être maintenue.
Le changement d’avocat annule-t-il les actes déjà accomplis ?
Non. Les actes réalisés par votre ancien avocat continuent de produire leurs effets juridiques. La procédure suit son cours. Votre nouvel avocat prend le relais à partir de l’état du dossier tel qu’il se trouve au moment du changement.
Peut-on changer d’avocat après une condamnation en première instance ?
Oui. Vous pouvez confier votre dossier à un nouvel avocat pour former appel ou gérer l’exécution de la peine. Le délai d’appel en matière pénale est de 10 jours à compter du jugement ; votre nouvel avocat doit donc être désigné rapidement si vous souhaitez contester la décision.
Y a-t-il un risque que le changement d’avocat soit perçu négativement par le tribunal ?
Non. Le droit au libre choix de l’avocat est une garantie fondamentale. Aucun tribunal ne peut en tirer de conséquences défavorables pour vous. En revanche, si le changement intervient à la dernière minute avant une audience et entraîne une demande de renvoi, le tribunal peut le refuser si ce renvoi nuit à la bonne marche de la justice.


