Vous souhaitez porter plainte après une agression, des menaces, un vol ou une autre infraction ?

Porter plainte consiste à signaler aux autorités judiciaires une infraction dont vous estimez avoir été victime, afin que les faits puissent être examinés et que des suites judiciaires soient éventuellement engagées.

Vous pouvez déposer plainte gratuitement, sans être accompagné d’un avocat. Toutefois, un avocat peut vous conseiller sur les démarches à entreprendre, vous accompagner dans la procédure et vous aider à demander réparation de votre préjudice.

L’essentiel à retenir
  • Où porter plainte ? Dans n’importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie, qui doit enregistrer votre plainte, ou directement auprès du procureur de la République.
  • Quels sont les délais ? En principe, 1 an pour une contravention, 6 ans pour un délit et 20 ans pour un crime.
  • Que faire si votre plainte est classée sans suite ? Vous pouvez contester ce classement ou, sous certaines conditions, déposer une plainte avec constitution de partie civile devant un juge d’instruction.
  • Comment obtenir une indemnisation ? Vous pouvez demander réparation de votre préjudice en vous constituant partie civile. Certaines victimes peuvent également solliciter un fonds public d’indemnisation.

1. Comment porter plainte et où déposer sa plainte ?

Vous pouvez porter plainte dans n’importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie, ou par courrier adressé au procureur de la République. Les services de police et de gendarmerie sont tenus d’enregistrer votre plainte, même si les faits se sont produits en dehors de leur secteur géographique, conformément à l’article 15-3 du Code de procédure pénale. Lors du dépôt de plainte, un récépissé vous est remis. Vous pouvez également demander une copie du procès-verbal.

 

Déposer plainte par courrier auprès du procureur de la République

Vous pouvez aussi adresser votre plainte au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu de l’infraction ou du domicile de l’auteur présumé.

Dans votre courrier, décrivez les faits avec précision, indiquez les dates et les lieux concernés, précisez l’identité de l’auteur si vous la connaissez et joignez les éléments de preuve dont vous disposez. Il est conseillé de conserver une copie du courrier et de toutes les pièces transmises. Un envoi en recommandé avec accusé de réception permet aussi de garder une trace de votre démarche.

Cette solution peut être utile lorsque les faits sont nombreux ou nécessitent une explication détaillée.

 

Peut-on porter plainte en ligne ?

Depuis octobre 2024, la plainte en ligne permet de déposer une véritable plainte à distance pour une atteinte aux biens dont l’auteur est inconnu : vol, cambriolage, dégradation, escroquerie hors internet.

Vous pouvez porter plainte en ligne sur le site Ma Sécurité du ministère de l’Intérieur, et les enquêteurs peuvent ensuite vous contacter pour compléter votre déclaration. Les escroqueries commises sur internet passent par une autre plateforme, THESEE, présentée dans notre article sur la plainte pour cybercriminalité.

 

Quelle est la différence entre une plainte et une main courante ?

Une main courante permet de signaler et de dater des faits auprès des services de police, par exemple pour dater un incident. Elle ne déclenche pas automatiquement une enquête ni des poursuites.

Si vous voulez poursuivre l’auteur, c’est une plainte qu’il faut déposer.

 

2. Que mettre dans une plainte et quelles preuves fournir ?

Une plainte efficace raconte les faits dans l’ordre chronologique, avec les dates, les lieux, les propos ou gestes, et identifie l’auteur si vous le connaissez. Si vous ne le connaissez pas, la plainte est déposée « contre X ». Indiquez aussi les noms des témoins et décrivez les conséquences pour vous : blessures, arrêt de travail, objets volés ou détruits, choc psychologique.

 

Quels documents joindre à une plainte ?

Les pièces jointes donnent du poids à votre récit. Chacune sert à prouver un élément précis :

Pièce Ce qu’elle permet de prouver
Certificat médical, avec durée d’incapacité totale de travail (ITT) La réalité et la gravité des blessures ; l’ITT influe sur la qualification des violences
Photos Les blessures, les dégâts, les lieux
Messages, courriels, enregistrements de répondeur Les menaces, les insultes, la répétition des faits
Factures, devis, relevés bancaires Les pertes financières et le préjudice matériel
Attestations de témoins Les circonstances et le déroulement des faits

Conservez les documents originaux et, lorsque c’est possible, les fichiers dans leur format initial. Pour des faits commis en ligne, gardez notamment les messages, les courriels, les captures d’écran et les informations permettant de dater les échanges.

Un récit précis dès le départ évite d’avoir à compléter la plainte plus tard, et réduit le risque que des faits importants soient mal qualifiés.

 

3. Dans quels délais faut-il porter plainte ?

Le délai pour porter plainte, appelé délai de prescription, dépend de la gravité de l’infraction. Une fois ce délai écoulé, l’auteur ne peut plus être poursuivi.

Type d’infraction Exemples Délai en principe
Contravention Violences légères sans incapacité de travail 1 an (article 9 du Code de procédure pénale)
Délit Vol, escroquerie, violences avec ITT, menaces 6 ans (article 8 du Code de procédure pénale)
Crime Viol, vol à main armée 20 ans (article 7 du Code de procédure pénale)

Il existe des exceptions importantes. Les délais sont plus longs pour les infractions commises sur des mineurs, et ils peuvent courir à partir de la majorité de la victime. À l’inverse, certains délais sont beaucoup plus courts : une diffamation doit en principe être poursuivie dans les 3 mois qui suivent la publication.

Même lorsque le délai est long, mieux vaut agir vite. Les preuves disparaissent, les témoins oublient et les images de vidéosurveillance sont effacées au bout de quelques semaines.

 

4. Que se passe-t-il après la plainte ?

Après le dépôt de plainte, une enquête est menée sous l’autorité du procureur de la République, qui décide ensuite des suites. Vous pouvez être entendu à nouveau, l’auteur présumé est convoqué ou placé en garde à vue, des témoins sont auditionnés, et une confrontation peut être organisée.

Le procureur dispose ensuite de 3 grandes options. Il peut :

  1. engager des poursuites devant le tribunal,
  2. proposer une alternative aux poursuites (par exemple une médiation ou une indemnisation de la victime),
  3. ou classer l’affaire sans suite.

Il doit vous informer de sa décision et, en cas de classement, de ses raisons (article 40-2 du Code de procédure pénale).

Aucun délai n’est fixé par la loi pour cette décision. Selon la complexité de l’affaire et la charge du parquet, elle peut prendre plusieurs mois. Conservez le numéro de procédure figurant sur votre récépissé : il permet de suivre le dossier.

 

5. Que faire si la plainte est classée sans suite ?

Un classement sans suite n’est pas la fin de la procédure : la victime dispose de 3 recours, qui ne répondent pas aux mêmes situations.

Recours Principe Quand l’utiliser
Recours auprès du procureur général Vous demandez au procureur général près la cour d’appel de revenir sur le classement (article 40-3 du Code de procédure pénale) Quand vous estimez que le dossier justifiait des poursuites
Plainte avec constitution de partie civile Vous saisissez le doyen des juges d’instruction, qui ouvre en principe une enquête judiciaire (article 85 du Code de procédure pénale) Quand l’affaire nécessite des investigations ; pour un délit, après un classement ou 3 mois sans réponse à votre plainte
Citation directe Vous faites convoquer vous-même l’auteur devant le tribunal correctionnel Quand l’auteur est identifié et que vous disposez déjà des preuves

La plainte avec constitution de partie civile et la citation directe exigent en général le versement d’une somme d’argent, appelée consignation, fixée par le juge selon vos ressources. Elle garantit le paiement d’une éventuelle amende si la procédure était jugée abusive, et vous est restituée dans le cas contraire.

La citation directe suppose un dossier déjà solide, car c’est à vous d’apporter la preuve des faits devant le tribunal. Mal préparée, elle peut se retourner contre la victime.

 

6. Comment obtenir une indemnisation après une infraction ?

Porter plainte et obtenir indemnisation sont deux démarches distinctes.

Pour obtenir réparation devant le juge pénal, vous devez vous constituer partie civile, c’est-à-dire demander à être partie au procès pour réclamer des dommages et intérêts. Vous pouvez le faire dès le dépôt de la plainte, par courrier avant l’audience ou à l’audience elle-même. Le tribunal fixe alors des dommages et intérêts pour chacun de vos préjudices : blessures, souffrances, préjudice moral, perte de revenus, frais engagés.

Que faire si l’auteur est inconnu ou ne peut pas indemniser la victime ?

Il arrive que l’auteur ne soit pas identifié ou ne puisse pas payer. Dans certains cas, la victime peut alors s’adresser à la commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI), qui siège auprès de chaque tribunal judiciaire. Pour les atteintes graves à la personne, comme une incapacité de travail d’au moins un mois ou une agression sexuelle, l’indemnisation peut être intégrale (article 706-3 du Code de procédure pénale). Pour d’autres infractions, elle est soumise à des conditions de ressources et plafonnée.

L’évaluation du préjudice est souvent l’étape où une victime perd le plus, faute de penser à tous les postes indemnisables. Notre article sur le rôle de l’avocat pour obtenir la réparation intégrale du préjudice d’une victime détaille cette étape.

 

7. Pourquoi porter plainte avec un avocat ?

La présence d’un avocat n’est pas obligatoire pour déposer une plainte simple. Toutefois, un accompagnement juridique peut être utile lorsque les faits sont complexes, que le préjudice est important ou que la procédure soulève des difficultés particulières.

L’avocat peut notamment vous aider à :

  • présenter les faits de manière claire et structurée,
  • identifier les éléments de preuve utiles,
  • comprendre les démarches et les délais applicables,
  • examiner les recours envisageables en cas de classement sans suite,
  • préparer une demande d’indemnisation et justifier les différents postes de préjudice.

Pendant l’enquête, il peut vous assister lors de vos auditions et des confrontations, demander des actes d’enquête et suivre l’avancement du dossier auprès du parquet. À l’audience, il présente vos demandes d’indemnisation, chiffrées poste par poste.

 

Peut-on bénéficier d’une aide pour les frais d’avocat ?

Selon vos ressources, l’aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des honoraires. Pour les victimes des crimes les plus graves, elle est accordée sans condition de ressources.

Les associations d’aide aux victimes peuvent également proposer une écoute, une information sur les démarches et un accompagnement gratuit, notamment psychologique. Le numéro national d’aide aux victimes est le 116 006.

Si l’infraction a été commise sur internet (piratage, escroquerie en ligne, usurpation d’identité), les démarches présentent des particularités, décrites dans notre article sur la plainte pour cybercriminalité.

 

Vous souhaitez porter plainte ?

Une plainte bien préparée dès le premier jour pèse sur toute la suite de la procédure : sur la décision du procureur, sur l’enquête et sur l’indemnisation.

Le cabinet de Maître Djamel Belhaouci accompagne les victimes dans leurs démarches pénales à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône.

Pour savoir quels recours sont possibles dans votre cas, vous pouvez contacter le cabinet ou prendre rendez-vous en ligne.

 

FAQ : Les questions fréquentes sur le dépôt de plainte

Le commissariat peut-il refuser ma plainte ?

Non. Les services de police et de gendarmerie sont tenus de recevoir les plaintes des victimes, y compris lorsque les faits ont eu lieu dans un autre secteur (article 15-3 du Code de procédure pénale). En cas de difficulté, vous pouvez adresser votre plainte au procureur de la République

Faut-il connaître l’auteur pour porter plainte ?

Non. Vous pouvez porter plainte contre X. Ce sont alors les enquêteurs qui cherchent à identifier l’auteur, à partir des éléments que vous fournissez.

Peut-on retirer une plainte ?

Oui, mais le retrait n’arrête pas forcément les poursuites. C’est le procureur qui décide de poursuivre, au nom de la société. Pour certaines infractions seulement, comme la diffamation, le retrait de la plainte met fin à la procédure.

Combien coûte un dépôt de plainte ?

Porter plainte au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur est gratuit. Des frais peuvent apparaître si vous choisissez d’être assisté par un avocat, et une consignation peut être demandée pour une plainte avec constitution de partie civile ou une citation directe.

 


Article par Maître Djamel Belhaouci, avocat pénaliste au barreau de Marseille — Mis à jour le 19 octobre 2026

Maître Djamel Belhaouci est avocat pénaliste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône et avocat en cybercriminalité en France. Ingénieur de formation, passé par l’intelligence artificielle avant de se consacrer à la défense pénale, il assiste les victimes comme les personnes mises en cause, du dépôt de plainte jusqu’à l’audience. Ses analyses sont citées notamment par La Provence, Décideurs Juridiques et InCyber (espace presse). Il travaille en français, en anglais, en allemand et en luxembourgeois.

Cabinet Belhaouci : 21 rue Sylvabelle, 13006 Marseille — contacter le cabinet

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